Les abeilles sont sensibles aux variations brutales de températures que l'on connaît cet hiver. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada |
À l’Île-du-Prince-Édouard, les abeilles domestiques, productrices de miel, souffrent des cycles de gel-dégel fréquents cet hiver. La mortalité dans les 6000 ruches que compte la province pourrait augmenter.
Un épisode de gel intense, suivi de pluies diluviennes à 8 degrés Celsius et d’une tempête de neige… La météo fait du yoyo cet hiver, pour le plus grand malheur des abeilles.
Normalement, les pollinisatrices hivernent à cette époque de l’année. Pour passer l’hiver, elles ont constitué des réserves de miel durant l’été et l’automne, avant de se regrouper en grappes au milieu de leur ruche.
Seules quelques ouvrières maintiennent les ruches en bon état durant les mois les plus froids. Elles évacuent notamment l’humidité à l’intérieur pour que les autres membres de la colonie respirent un air sain.
Elles agissent un petit peu comme une thermopompe. Elles vont s'assurer de stabiliser la température dans un noyau proche à l'intérieur
, explique Virginie Michaud, biologiste au sein de l’organisme à but non lucratif Héritage Laurentien, à LaSalle, au Québec.
Les apiculteurs de l'Île-du-Prince-Édouard possèdent environ 6000 ruches. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada |
À partir de 7 degrés Celsius, toutes les abeilles peuvent cependant légèrement s'activer et faire des vols de propreté à l’extérieur de leur ruche.
Au fond, elles évacuent les déchets qu'il pourrait y avoir dans leur système digestif. S'il y a ça une fois de temps en temps, ce n’est pas un stress pour les abeilles
, observe Virginie Michaud.
Certaines d'entre elles vont mourir
En revanche, si des variations brutales de températures se produisent régulièrement, les abeilles vont consommer beaucoup plus d’énergie pour se remettre en activité
, poursuit Virginie Michaud.
Ça se peut qu'elles épuisent leur réserve de miel et qu'elles n'en aient plus pour arriver jusqu'au printemps. On va voir des mortalités qui augmentent.
Cameron Menzies, apiculteur provincial au sein du ministère de l'Agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, partage ces inquiétudes
Lorsqu'il fait chaud puis que le froid revient brusquement, c'est généralement très mauvais pour les abeilles, car elles commencent à puiser dans leurs réserves hivernales. Malheureusement, certaines d'entre elles vont mourir
, affirme-t-il.
L’employé de la province espère néanmoins que les apiculteurs auront suffisamment bien préparé les ruches pour atténuer les effets de ces cycles de gel-dégel, qui se produisent pratiquement chaque hiver désormais.
Un parasite tueur d’abeilles
Pour améliorer le taux de survie des abeilles, les apiculteurs doivent leur laisser une quantité suffisante de miel à l’automne, voire leur donner du sirop de sucre en plus
, rappelle Virginie Michaud.
Les ruches doivent aussi être isolées du froid, tout en restant à l’extérieur et bien ventilées.
À la sortie de l’hivernation, en cas de pertes trop importantes, les apiculteurs pourront compenser en divisant les ruches.
Ils procèdent ainsi en prévision de la saison de pollinisation, qui a lieu vers la fin de mai, généralement pour la culture de la myrtille sauvage
, confirme Cameron Menzies.
Photo : CBC / Taylor O'Brien |
Les apiculteurs doivent aussi se méfier du varroa destructor. Il y a quelques années, ce parasite a décimé la population d'abeilles de la province. Environ 3500 ruches ont disparu.
Il est donc extrêmement important que les apiculteurs traitent chimiquement leurs colonies avant l’hivernage, afin de contrôler la population de ce parasite.
En général, quand on a plus que 50 varois [varroa destructor] au moment de l’hivernage dans une colonie, elle est pratiquement condamnée, elle ne pourra pas passer l'hiver
, prévient Virginie Michaud.