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mardi 20 janvier 2026

Virginie Michaud, biologiste au sein de l’organisme à but non lucratif Héritage Laurentien, à LaSalle, au Québec.

 

Les abeilles sont sensibles aux variations brutales de températures que l'on connaît cet hiver. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada



À l’Île-du-Prince-Édouard, les abeilles domestiques, productrices de miel, souffrent des cycles de gel-dégel fréquents cet hiver. La mortalité dans les 6000 ruches que compte la province pourrait augmenter.

Un épisode de gel intense, suivi de pluies diluviennes à 8 degrés Celsius et d’une tempête de neige… La météo fait du yoyo cet hiver, pour le plus grand malheur des abeilles.

Normalement, les pollinisatrices hivernent à cette époque de l’année. Pour passer l’hiver, elles ont constitué des réserves de miel durant l’été et l’automne, avant de se regrouper en grappes au milieu de leur ruche.

Seules quelques ouvrières maintiennent les ruches en bon état durant les mois les plus froids. Elles évacuent notamment l’humidité à l’intérieur pour que les autres membres de la colonie respirent un air sain.

Elles agissent un petit peu comme une thermopompe. Elles vont s'assurer de stabiliser la température dans un noyau proche à l'intérieur, explique Virginie Michaud, biologiste au sein de l’organisme à but non lucratif Héritage Laurentien, à LaSalle, au Québec.

Les apiculteurs de l'Île-du-Prince-Édouard possèdent environ 6000 ruches. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada



À partir de 7 degrés Celsius, toutes les abeilles peuvent cependant légèrement s'activer et faire des vols de propreté à l’extérieur de leur ruche.

Au fond, elles évacuent les déchets qu'il pourrait y avoir dans leur système digestif. S'il y a ça une fois de temps en temps, ce n’est pas un stress pour les abeilles, observe Virginie Michaud.

Certaines d'entre elles vont mourir

En revanche, si des variations brutales de températures se produisent régulièrement, les abeilles vont consommer beaucoup plus d’énergie pour se remettre en activité, poursuit Virginie Michaud.

Ça se peut qu'elles épuisent leur réserve de miel et qu'elles n'en aient plus pour arriver jusqu'au printemps. On va voir des mortalités qui augmentent.

Une citation deVirginie Michaud, biologiste au sein de l’organisme Héritage Laurentien

Cameron Menzies, apiculteur provincial au sein du ministère de l'Agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, partage ces inquiétudes

Lorsqu'il fait chaud puis que le froid revient brusquement, c'est généralement très mauvais pour les abeilles, car elles commencent à puiser dans leurs réserves hivernales. Malheureusement, certaines d'entre elles vont mourir, affirme-t-il.

L’employé de la province espère néanmoins que les apiculteurs auront suffisamment bien préparé les ruches pour atténuer les effets de ces cycles de gel-dégel, qui se produisent pratiquement chaque hiver désormais.

Un parasite tueur d’abeilles

Pour améliorer le taux de survie des abeilles, les apiculteurs doivent leur laisser une quantité suffisante de miel à l’automne, voire leur donner du sirop de sucre en plus, rappelle Virginie Michaud.

Les ruches doivent aussi être isolées du froid, tout en restant à l’extérieur et bien ventilées.

À la sortie de l’hivernation, en cas de pertes trop importantes, les apiculteurs pourront compenser en divisant les ruches.

Ils procèdent ainsi en prévision de la saison de pollinisation, qui a lieu vers la fin de mai, généralement pour la culture de la myrtille sauvage, confirme Cameron Menzies.

L'apiculteur provincial Cameron Menzies explique que des ateliers d'initiation à l'apiculture sont organisés pour celles et ceux qui veulent avoir des ruches.

Photo : CBC / Taylor O'Brien



Les apiculteurs doivent aussi se méfier du varroa destructor. Il y a quelques années, ce parasite a décimé la population d'abeilles de la province. Environ 3500 ruches ont disparu.

Il est donc extrêmement important que les apiculteurs traitent chimiquement leurs colonies avant l’hivernage, afin de contrôler la population de ce parasite.

En général, quand on a plus que 50 varois [varroa destructor] au moment de l’hivernage dans une colonie, elle est pratiquement condamnée, elle ne pourra pas passer l'hiver, prévient Virginie Michaud.



samedi 10 janvier 2026

Des stratégies originales pour les oiseaux qui passent l’hiver avec nous


Extrait


Une mésange à tête noire. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe


Une grande partie des oiseaux qui habitent ou fréquentent le Saguenay-Lac-Saint-Jean optent pour le sud à l’approche de l’hiver. Mais pour plusieurs espèces qui y passent l’hiver, des stratégies de survie fascinantes sont déployées pendant les épisodes de froid mordant.

En entrevue lors de l’émission C’est jamais pareil, le professeur au département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et membre du Club des ornithologues amateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Jacques Ibarzabal, a dressé la liste des stratégies employées par les mésanges, pigeons, geais bleus et jaseurs, entre autres, qui séjournent parmi nous 12 mois par année.

C'est vraiment fantastique qu'une petite mésange, qui pèse en moyenne 11 grammes, puisse maintenir sa température dans des environnements où elle est à 40 degrés puis qu’on est à - 30 degrés. Il y a 70 degrés d'écart. C'est quand même assez étonnant, a exposé d’entrée de jeu le scientifique et amateur d’oiseaux.

Pour maintenir une température corporelle élevée, les oiseaux peuvent gonfler leur plumage pour épaissir la couche d’air isolante. Ils peuvent alors avoir l’air de petites boules perchées dans les arbres.

La plus grande condition là-dessus, c'est de réussir à garder une couche d'air proche du corps. Cette couche d'air là qui va être sec, elle va nous isoler de l'extérieur. Puis vous avez sûrement déjà vu des mésanges ou d'autres oiseaux l'hiver se gonfler le plumage, c'est pour épaissir un peu cette couche isolante qui va les aider à garder leur température, a-t-il expliqué.

Le type de plumes change aussi une fois l’hiver venu, alors que la proportion de duvet augmente considérablement, notamment, chez les mésanges.

L'été, elles peuvent en avoir jusqu'à 25 ou 30 %, mais l'hiver, ça peut monter jusqu'à 50 %. Ce n'est pas le nombre de plumes comme le duvet lui-même qui est davantage élaboré, ramifié, plus long et qui va permettre de garder cette couche isolante là, a chiffré le scientifique.

Deux geais bleus se disputent une graine trouvée dans la neige.

Photo : Denis Aubert


Les mésanges accumulent également du gras pendant la journée en s’alimentant. Ce gras est utilisé pour demeurer au chaud pendant la nuit.

Ce qui fait que, durant le jour, elles accumulent de la graisse et cette graisse-là, comme s’il venait de remplir une batterie, elle va être utilisée durant la nuit. Mais ça fait en sorte que l'oiseau à la fin de la journée, quand il a mangé correctement, il peut être autour de 12,5 g au réveil le matin, il peut être jusqu'à 10 g, a-t-il enchaîné.

Parmi les autres stratégies, plusieurs espèces, comme les pigeons ou les gélinottes, possèdent un jabot qui sert d'entrepôt de nourriture, dont la digestion lente produit de la chaleur.

Ce sac-là va servir d'entrepôt de nourriture. Alors, l'oiseau, surtout en fin de journée, va manger beaucoup de grains et durant la nuit, même perché encore sur un fil ou sur un bâtiment, bien, il va être capable de se placer en position pour dormir, mais il va pouvoir envoyer dans son système digestif régulièrement des grains pour digérer toute la nuit, puis se garder au chaud, a précisé l’ornithologue.

Les pattes sur les fils

Toujours du côté des pigeons, ces oiseaux parfois mal-aimés sont souvent aperçus sur les fils électriques et téléphoniques près de nos maisons. Là aussi, une façon intéressante de gérer la chaleur leur permet de rester immobiles au grand vent.

Ce qui arrive, c'est qu’ils vont avoir au niveau des pattes, entre autres, des échanges de récupération de chaleur, qu'on appelle des systèmes à contre-courant où, à partir du cœur, on a des artères qui amènent du sang chaud vers les extrémités. Lorsque ces artères-là se dirigent vers les pattes, elles se refroidissent progressivement au contact des veines qui retournent vers le cœur et ça fait en sorte qu'elles se passent la chaleur d'une à l'autre, a-t-il encore une fois illustré.

S’enfouir dans la neige

Il existe aussi une méthode bien simple, soit de se mettre à l’abri. Si la mésange peut se cacher dans une cavité dans un arbre, les gélinottes s’enfouissent dans la neige, qui a de grandes capacités isolantes.

La neige fraîche, ça peut amener un oiseau qui est caché là-dedans à une température de -2 -ou -5, même si à l'extérieur, on est à -25 degrés, a conclu le chercheur.